Les Quatre Trésors du lettré : pinceau, encre, papier et pierre à encre

Comment les quatre outils essentiels du calligraphe sont fabriqués, choisis, essayés et entretenus.

Le pinceau, l'encre, le papier et la pierre à encre (笔墨纸砚) sont appelés depuis longtemps les Quatre Trésors du cabinet du lettré (文房四宝). Ensemble, ils transforment le mouvement de la main en une trace durable. Chacun est un objet fabriqué, avec ses matériaux et son savoir-faire, et chacun change l'aspect d'un trait. Bien les connaître fait partie de l'apprentissage de l'écriture ; ce n'est pas une course aux objets coûteux.

Illustration de quatre pinceaux suspendus, d’un bâton d’encre, d’une pierre à encre et de papier plié, devant des pins et des montagnes brumeuses.

À Wudang, l'œuvre de ces quatre outils est partout : sur les tablettes horizontales des temples, sur les sentences parallèles qui encadrent les portes et dans les inscriptions gravées sur les stèles. Nos pages sur les tablettes, sentences parallèles et calligraphies de Wudang et sur les estampages à l'encre montrent où regarder, et le billet de Wudang au quotidien Une table d'encre et d'amitié relate une réunion de calligraphie, pinceaux, encre et papier sur la table.

Trois moments d’une rencontre de calligraphie : écrire ensemble, observer les gestes et présenter les rouleaux sous le caractère Dao
Pinceau, encre et papier lors d’une rencontre de calligraphie. Extrait de Wudang au quotidien.

Le pinceau (笔)

Poils et fabrication

Un pinceau chinois est une touffe de poils d'animaux, triés, calibrés et liés, puis fixés dans un manche, le plus souvent en bambou ; les manches précieux de jade, de porcelaine ou de laque relevaient davantage de l'apparat que de l'écriture et ne disent rien de la tête. La touffe est façonnée pour s'effiler en une pointe fine tout en gardant au-dessus un « ventre » plus plein : le même pinceau peut ainsi tracer un trait fin comme un cheveu et, appuyé, un trait large ou un point appuyé. Cette amplitude vient du choix, de la longueur et de l'agencement de nombreux poils, non d'un poil miraculeux.

On distingue trois grandes familles :

  • Poil de chèvre (羊毫, yanghao) : souple, absorbant et très flexible. Il retient beaucoup d'encre et récompense une main lente et maîtrisée, mais revient moins vite en place.
  • Poil de « loup » (狼毫, langhao) : en pratique surtout du poil de belette. Plus ferme et plus nerveux, il reforme vite sa pointe et convient à une écriture vive et nette ainsi qu'aux petits caractères.
  • Poils mêlés (兼毫, jianhao) : une combinaison, souvent un cœur plus ferme entouré de poils plus souples, qui cherche à la fois le ressort et la réserve d'encre.

On trouve aussi le poil de lapin, apprécié pour sa raideur, et d'autres fibres. Les fabricants classent plus simplement les pinceaux en souples (软毫), durs (硬毫) ou combinés (兼毫). Ce sont des tendances, non une hiérarchie : un pinceau souple peut tracer une ligne fine, et un pinceau ferme s'étale sous l'eau et la pression.

Les premiers pinceaux étaient souvent montés autour d'un cœur ferme enveloppé de papier et de poils ; aux époques Ming et Qing, une touffe plus lâche, sans ce cœur et retenant davantage d'encre, était devenue la forme courante, surtout pour les grands pinceaux.

Les quatre vertus d'une bonne pointe

La tradition attribue quatre vertus (四德) à un bon pinceau : pointu (尖), les poils se rassemblent en une pointe fine ; égal (齐), une fois la pointe aplatie, l'extrémité des poils s'aligne ; rond (圆), le corps est plein, ni plat ni de travers ; nerveux (健), la touffe se redresse après chaque trait. Elles décrivent le pinceau achevé, en usage : c'est pourquoi le nom d'un poil sur une étiquette ne peut les garantir.

Choisir et essayer un pinceau

Choisissez selon la tâche. La petite écriture régulière demande une pointe petite et ferme ; les grands caractères, un pinceau plus gros capable de porter beaucoup d'encre. La taille, la longueur de la pointe dégagée, l'effilement et l'équilibre entre poils intérieurs et extérieurs comptent tous : deux pinceaux vendus sous le même nom de poil peuvent se comporter très différemment. Si possible, demandez à un enseignant une démonstration avec un pinceau comparable plutôt que de vous fier à une étiquette « débutant » ou « professionnel ».

Pour comparer vos propres pinceaux, gardez le même papier et la même encre, et tracez une ligne fine, un trait qui s'élargit, un tournant et un trait qui revient à la pointe. Observez la quantité d'encre que porte la touffe, la vitesse à laquelle le ventre s'ouvre et si la pointe se reforme d'elle-même. Pour la tenue et le geste, voir la technique du pinceau et la ligne vivante.

Entretenir un pinceau

Les pinceaux neufs sont généralement raidis par un léger encollage qui protège la pointe. Assouplissez-le doucement à l'eau claire selon les indications du fabricant, sans jamais forcer la pointe à s'ouvrir. Après usage, rincez le pinceau à l'eau claire jusqu'à ce qu'elle reste limpide, reformez la pointe avec les doigts et laissez-le sécher suspendu pointe en bas ou couché à plat, à l'air. Ne laissez pas un pinceau debout dans l'eau et ne le remettez pas humide dans un capuchon serré.

L'encre (墨)

Suie, colle et moule

L'encre chinoise traditionnelle est du carbone. La suie provient de deux sources principales. La suie de pin (松烟), recueillie en brûlant du pin résineux, donne un noir mat aux reflets froids. La suie d'huile (油烟), un noir de fumée obtenu en brûlant de l'huile végétale, donne un noir plus profond et plus brillant. La suie fine est mêlée à de la colle animale qui la lie, et les recettes peuvent ajouter d'autres ingrédients, comme le musc ou le bornéol pour le parfum. La pâte est battue, pressée dans des moules en bois gravés, puis séchée lentement en un bâton ou un pain dur.

Le moule donne à l'encre une seconde vie d'objet. Les bâtons peuvent être rectangulaires, ronds ou de formes diverses, ornés en relief de paysages, de plantes, de sujets de bon augure et d'inscriptions donnant le nom d'un motif, d'un fabricant ou une date, parfois rehaussées d'or. À la fin des Ming, des fabricants d'encre comme Cheng Dayue et Fang Yulu publièrent même des recueils illustrés de leurs modèles. Huizhou, dans l'Anhui, devint le centre le plus réputé de la fabrication de l'encre, et l'« encre de Hui » (徽墨) reste un nom familier.

Broyer l'encre

Pour obtenir de l'encre liquide, versez quelques gouttes d'eau claire sur la partie plane de la pierre et frottez le bâton tenu droit, d'une pression légère et régulière, en cercles lents ou en va-et-vient. Ajoutez l'eau peu à peu et poussez l'encre qui fonce vers le réservoir. Le broyage prend plusieurs minutes et il est depuis longtemps apprécié comme une façon d'apaiser l'esprit avant d'écrire. Ensuite, essuyez l'extrémité du bâton ; ne le laissez jamais debout sur la pierre mouillée, où il pourrait coller ou se fendre.

Encre broyée et encre en flacon

L'encre liquide prête à l'emploi est aujourd'hui le choix pratique de la plupart des élèves, et ce n'est pas un matériau au rabais : elle fait gagner du temps, et les bonnes encres liquides écrivent bien. L'encre broyée permet de régler soi-même le ton, du gris pâle au noir dense. Suivez l'usage indiqué pour chaque produit et essayez-le sur le papier que vous utiliserez réellement, en jugeant une fois sec : sa fluidité, son étalement, la tenue de son noir. Ne supposez pas que toute encre en flacon est trop claire ni que tout bâton est meilleur.

Le papier (纸)

Le papier xuan

Le papier le plus associé à la calligraphie et à la peinture est le papier xuan (宣纸), nommé d'après l'ancienne préfecture de Xuanzhou et fabriqué surtout dans le district de Jing, dans l'Anhui. Ses fibres traditionnelles sont l'écorce du santal bleu (青檀, Pteroceltis tatarinowii) et la paille de riz. Écorce et paille sont trempées, lavées, fermentées, blanchies, réduites en pâte, puis les feuilles sont formées une à une sur un tamis, pressées, séchées et coupées : plus d'une centaine d'étapes, qui peuvent s'étendre sur plus de deux ans. L'UNESCO a inscrit le savoir-faire du papier xuan au patrimoine culturel immatériel en 2009.

Les papiers chinois sont bien plus variés que ce seul nom. Papiers de chanvre, de mûrier, de rotin, de bambou ou de paille ont chacun leur histoire, et le papier de bambou d'exercice (毛边纸) est une feuille courante et bon marché pour le travail quotidien. Le « papier de riz » des boutiques occidentales est une appellation commerciale vague, qui ne décrit pas la composition : des feuilles de même couleur et de même toucher peuvent différer par la fibre, la charge et l'encollage.

Brut ou encollé : sheng et shu

La distinction la plus utile est l'encollage. Le xuan brut (生宣, shengxuan) n'est pas encollé et très absorbant : l'encre pénètre les fibres avant que le pinceau ait quitté la feuille, d'où des bords doux, des auréoles et de riches variations de ton. Le xuan encollé (熟宣, shuxuan) a été traité, traditionnellement avec une solution d'alun et de colle, pour réduire l'absorption : il garde un bord net et permet un travail lent, par couches, adapté à la peinture au trait fin et à la petite écriture soignée. Le papier mi-encollé (半熟宣) se situe entre les deux.

Aucun n'est meilleur ; ils répondent à des besoins différents. Le xuan brut trahit chaque hésitation : les débutants commencent donc souvent sur un papier d'exercice moins cher ou sur des feuilles mi-encollées. L'épaisseur, le lot et la conservation modifient aussi le comportement d'une feuille, et l'âge seul ne garantit rien.

Essayer un papier

Gardez un petit échantillon étiqueté de chaque papier acheté, avec le nom du produit, le vendeur, la date et toute indication de fibre ou d'encollage. Avec le même pinceau et la même encre, tracez sur chacun une ligne sèche, une ligne chargée d'eau et un petit lavis. Comparez l'étalement des bords, la transparence au verso, le temps de séchage et la sensation sous le pinceau.

La vie d'une feuille

Une œuvre achevée se voit rarement seule. Pour être montrée, elle est doublée de plusieurs couches de papier et montée avec des bordures de soie et des baguettes en rouleau vertical, rouleau horizontal ou feuille d'album. Feuille, montage et réparations ultérieures sont des étapes différentes d'un même objet ; comment lire un rouleau chinois les suit en détail. Rangez le papier vierge à plat, propre et au sec, à l'abri de la lumière forte et de l'humidité. Ne lavez, n'aplatissez ni ne remontez jamais vous-même une œuvre ancienne : c'est le travail d'un restaurateur d'arts graphiques.

La pierre à encre (砚)

À quoi sert une pierre à encre

Une pierre à encre a deux parties actives : une surface plane, finement polie, où l'on frotte le bâton avec de l'eau, et un creux ou réservoir qui recueille l'encre. Une bonne pierre a le grain assez fin pour libérer l'encre vite et régulièrement, et elle est assez dense pour ne pas boire l'eau. Beaucoup ont un couvercle, et les belles pierres sont souvent rangées dans un coffret de bois ajusté.

Pierre et argile

La plupart des pierres à encre sont en pierre, mais le nom désigne un usage, non un matériau. Quatre sortes figurent traditionnellement parmi les plus célèbres (les listes varient légèrement) :

  • La pierre Duan (端砚), de Zhaoqing dans le Guangdong : fine, douce, souvent violacée, admirée pour ses marques naturelles comme les « yeux » ronds.
  • La pierre She (歙砚), de l'ancienne région de Shezhou, aux confins de l'Anhui et du Jiangxi : sombre et dure, souvent veinée de paillettes dorées ou de fines lignes soyeuses.
  • La pierre Tao (洮砚), de la région de la rivière Tao, dans le Gansu : généralement verte.
  • Le chengni (澄泥砚), qui n'est pas une pierre mais une argile épurée, filtrée, pétrie, moulée, cuite puis sculptée.

La couleur seule ne permet pas d'identifier une pierre. Une dalle sombre n'est pas forcément Duan ou She, et les noms célèbres sont souvent employés de façon lâche dans le commerce.

Sculpture et forme naturelle

Le sculpteur travaille avec la pierre. Certaines pierres à encre gardent un contour presque naturel, à peine retouché ; d'autres se servent des veines et des marques de la pierre pour figurer des nuages, une lune ou de l'eau ; d'autres portent des scènes, des dragons, des plantes ou des poèmes sculptés sur le bord, au revers ou autour du réservoir, en laissant libre la surface de broyage. Ce goût pour la forme naturelle est proche de celui des pierres de lettré. Les inscriptions peuvent nommer un artisan, un propriétaire, un poème ou un collectionneur ultérieur, et un coffret ajusté peut être bien plus tardif que la pierre qu'il contient.

Choisir et entretenir une pierre à encre

Pour s'exercer, une pierre moderne simple, de taille moyenne, avec une surface de broyage lisse et plane et un réservoir, suffit. Si vous n'utilisez que de l'encre en flacon, une petite coupelle stable fait l'affaire ; une pierre de broyage n'est pas nécessaire. Rincez la pierre après chaque séance à l'eau claire avec un chiffon doux ou une éponge, pour que l'encre sèche ne s'accumule pas et n'émousse pas la surface, et évitez abrasifs et détergents. Ne laissez pas l'eau y stagner pendant des jours, et gardez une pierre mouillée à l'abri du gel, qui peut la fendre.

Les autres objets du bureau

Autour des quatre trésors se rassemble une famille de petits outils : compte-gouttes pour verser l'eau goutte à goutte sur la pierre, repose-pinceaux et pots à pinceaux, lave-pinceaux pour le rinçage, et presse-papiers pour maintenir la feuille. Un feutre sous le papier protège la table et donne au trait un peu de souplesse. Les sceaux concluent bien des œuvres et identifient auteurs et collectionneurs, mais ils ne sont pas nécessaires pour apprendre. Beaucoup de ces objets sont devenus de petites œuvres d'art en porcelaine, en jade, en bronze ou en bambou ; voir le bureau du lettré et les sceaux chinois et la gravure de sceaux.

Bien commencer

Un nécessaire de départ modeste

Pour un premier cours, demandez à l'enseignant quelle taille de pinceau et quel papier apporter, et si le matériel est fourni. Si vous achetez le vôtre, un premier ensemble raisonnable comprend :

  • un pinceau moyen à poils mêlés, et éventuellement un plus petit et plus ferme pour les petits caractères ;
  • un flacon de bonne encre liquide pour la calligraphie, ou un bâton d'encre et une pierre simple si vous voulez broyer ;
  • un paquet de papier d'exercice, et quelques feuilles de xuan mi-encollé à essayer ;
  • un feutre, un presse-papiers, une petite coupelle et un pot d'eau claire.

Inutile d'acheter une pièce ancienne, un coffret cadeau ou une année de fournitures. Le prix ne dit rien de l'adéquation : demandez le contenu, les dimensions, l'usage prévu et les conseils d'entretien et, si les matières d'origine animale comptent pour vous, la composition réelle du pinceau et de l'encre.

Changer une seule chose à la fois

Quand un trait s'étale, accroche ou se rompt, la cause peut être le matériau ou la main. Pour le savoir, ne changez qu'une chose. Comparez deux papiers avec le même pinceau, la même encre et le même exercice ; puis, sur un même papier, comparez deux charges d'encre. Étiquetez chaque essai et jugez-le sec. Décrivez simplement ce que vous voyez (ce papier a davantage bu, cette encre a séché plus vite) et recommencez avant de conclure, car votre propre geste varie aussi. L'œil d'un enseignant aide à distinguer un mauvais accord de matériaux d'une question de technique.

Quand les outils deviennent objets de collection

Pierres à encre sculptées, pains d'encre décorés et pinceaux à manche de jade sont collectionnés depuis longtemps pour eux-mêmes. Une pièce de musée réunit souvent des éléments d'époques différentes : une pierre avec un coffret plus tardif, un bâton avec un étui plus récent, un ancien manche avec une tête remplacée. Regardez un tel objet élément par élément, et traitez une date gravée, le nom d'un maître célèbre ou une marque de règne comme une affirmation à examiner, non comme une preuve. Le prix ne mesure ni la qualité d'un outil de travail ni l'âge d'un objet ancien. Ne broyez jamais sur une pièce historique, ne la mouillez, ne la nettoyez ni ne l'essayez : l'eau et l'abrasion détruisent à la fois la surface et les indices qu'elle porte. Exercez-vous avec des outils modernes faits pour servir.

Pour voir quels outils conviennent à quels types d'écriture, poursuivez avec Les cinq styles d'écriture. Pour la calligraphie comme pratique de l'attention, lisez Calligraphie et culture taoïste de soi, et pour le sujet dans son ensemble, revenez à La calligraphie chinoise.