Le Maître du jour et les Dix Dieux du BaZi : guide des relations

Comment un seul tronc céleste devient le point de référence pour interpréter tout le reste d’un thème

Si la page précédente expliquait comment on obtient les huit caractères, celle-ci expose l’idée unique qui transforme cette grille de caractères en portrait d’une personne. Cette idée, c’est le Maître du jour (日主, appelé aussi 日元 ou 日干) : le Tronc céleste du jour de naissance, qui représente le soi au centre du thème. Tous les autres éléments des huit caractères se lisent par rapport à ce seul Tronc. Le Maître du jour n’est pas jugé bon ou mauvais en lui-même ; il est simplement le point de référence à partir duquel se mesurent toutes les relations du thème. Le comprendre, c’est détenir la clé de toute la méthode classique.

Illustration à l’encre : un lettré assis sur un rocher, un livre à la main, contemple un cercle de dix médaillons colorés reliés à un soleil central lumineux, au-dessus de montagnes et d’une pagode.

Phase et polarité du Maître du jour

Le Maître du jour porte deux propriétés héritées des Troncs eux-mêmes : l’une des Cinq Phases — Bois, Feu, Terre, Métal ou Eau — et une polarité, yin ou yang. On dit ainsi d’une personne qu’elle a, par exemple, un Maître du jour « Bois yang » ou « Eau yin ». Les textes classiques associent des images naturelles frappantes à chacune des dix possibilités : le Bois yang comme le grand arbre, le Bois yin comme la liane ou l’herbe, le Feu yang comme le soleil, le Feu yin comme la bougie ou le foyer, et ainsi de suite pour la Terre, le Métal et l’Eau. Ces images sont mnémotechniques et évocatrices plutôt que littérales, mais elles façonnent la manière dont les praticiens décrivent le caractère fondamental d’une personne, et il faut les comprendre comme un symbolisme traditionnel plutôt que comme des affirmations vérifiées sur le tempérament.

Une seule question posée à tout le reste

Une fois le soi fixé, le système pose une seule et même question à chacun des autres Troncs et aux troncs cachés dans les Rameaux : quelle est sa relation avec le Maître du jour, du point de vue des Cinq Phases et de la polarité ? La réponse s’exprime au moyen d’un ensemble de catégories appelées les Dix Dieux (十神). Le nom est traditionnel et quelque peu trompeur pour une oreille moderne : il ne s’agit pas de divinités mais de types de relation, dix étiquettes décrivant les dix manières possibles dont un autre élément peut se situer par rapport au soi.

Pourquoi il y en a exactement dix

Les dix naissent d’une logique simple. Un autre élément peut entretenir cinq relations de phase possibles avec le Maître du jour : il peut être de la même phase que le soi ; de la phase que le soi produit ; de la phase qui produit le soi ; de la phase que le soi domine ; ou de la phase qui domine le soi. Ces cinq relations découlent directement des cycles d’engendrement et de domination des Cinq Phases décrits ailleurs dans cette section. Chacune des cinq est ensuite dédoublée selon que l’autre élément partage la polarité du Maître du jour ou s’y oppose, ce qui donne dix catégories en tout. Ce dédoublement compte, car une relation entre polarités semblables est ressentie autrement qu’une relation entre polarités opposées.

Les cinq paires

Les dix sont habituellement regroupés en cinq paires, chaque paire partageant une fonction sous-jacente. La paire dite du Compagnon et du Rival (比肩 et 劫财) réunit les éléments de même phase que le soi ; elle représente les pairs, la fratrie, les concurrents et la propre affirmation de soi. La paire de l’Expression, souvent traduite par Dieu qui mange et Officier blessant (食神 et 伤官), désigne ce que le soi produit ; elle est associée à l’expression, à la créativité, à la performance et, dans le thème d’une femme, aux enfants. La paire de la Richesse, Richesse directe et Richesse indirecte (正财 et 偏财), désigne ce que le soi domine ; elle est associée à l’argent, aux ressources et, traditionnellement, à l’épouse ou au père dans certains thèmes. La paire de l’Officier, Officier direct et Sept Meurtres (正官 et 七杀), désigne ce qui domine le soi ; elle est associée à l’autorité, à la discipline, à la pression professionnelle et, traditionnellement, au mari ou à la descendance selon le thème. Enfin, la paire de la Ressource, Ressource directe et Ressource indirecte (正印 et 偏印), désigne ce qui produit le soi ; elle est associée au soutien, à l’apprentissage, à la mère et à la protection.

Pourquoi les noms induisent en erreur

Les Dix Dieux portent des noms qui sonnent comme des verdicts, et les prendre au pied de la lettre est l’erreur de débutant la plus courante. Zheng (正) signifie « correct » ou « droit », pian (偏) « partiel » ou « de travers », sha (杀) « tuer », shang (伤) « blesser », et jie (劫) « dérober ». Lue comme une liste, la moitié des dix semble annoncer de bonnes nouvelles, l’autre moitié des désastres.

Cette lecture est fausse, et la tradition le répète. Les noms décrivent la nature d’une relation, non sa valeur. Qu’une relation donnée aide ou nuise dépend entièrement de l’équilibre du thème particulier. Les Sept Meurtres, le nom le plus alarmant de l’ensemble, représentent la pression et le contrôle exercés sur le Maître du jour ; pour un Maître du jour faible, c’est un véritable fardeau, mais pour un Maître du jour fort, c’est précisément ce qui fournit l’élan, la discipline et la capacité d’assumer des responsabilités, et les thèmes de personnes compétentes en regorgent. L’Officier direct, qui semble idéal, devient étouffant si le Maître du jour ne peut le soutenir. L’Officier blessant, qui semble destructeur, est associé au talent, à l’expressivité et à l’originalité.

Le fond de l’affaire est structurel. Rien dans un thème n’est bon ou mauvais en soi ; tout est bon ou mauvais par rapport à ce dont le Maître du jour a besoin. C’est pourquoi deux thèmes contenant le même Dieu peuvent être lus en sens opposés sans incohérence, et pourquoi un praticien qui réagit à la présence d’un dieu particulier plutôt qu’à son rôle dans l’ensemble n’utilise pas correctement le système. La coloration morale du vocabulaire est un accident du choix des mots, et les auteurs classiques les plus rigoureux disent explicitement qu’il faut en faire abstraction.

De la relation au domaine de vie

Ces associations entre un type de relation et des domaines de la vie — richesse, autorité, expression, soutien, parenté — sont le point où le BaZi passe de la structure au sens, et aussi celui où il apparaît le plus nettement comme un système d’interprétation traditionnelle plutôt que comme un ensemble de faits. Le lien entre, par exemple, la relation « Richesse » et l’argent réel, ou entre la relation « Officier » et un conjoint, relève d’une longue convention au sein de la tradition. Il est présenté ici pour expliquer comment les praticiens lisent un thème, et non comme une correspondance démontrée entre une date de naissance et les finances ou le mariage d’une personne.

Comment on lit réellement un thème

En pratique, le lecteur parcourt le thème pour voir lesquels des Dix Dieux sont présents, lesquels sont forts, lesquels sont absents, et où ils se situent parmi les quatre piliers. Un thème chargé en Expression mais pauvre en Officier, par exemple, pourra être décrit comme expressif et créatif mais rétif à l’autorité ; un thème riche en Ressource mais pauvre en Richesse pourra être présenté comme studieux mais peu pratique en matière d’argent. Le pilier du mois pèse particulièrement dans ces jugements, parce que la saison de naissance conditionne fortement quelles phases sont naturellement fortes ou faibles — un thème repris à la page suivante. Les praticiens chevronnés insistent sur le fait qu’aucun trait ne doit être lu isolément et que l’art consiste à peser la configuration entière plutôt qu’à cocher des étiquettes.

D’où vient ce cadre

Les Dix Dieux ne sont pas un trait ancien du calcul du destin chinois. Ils sont le fruit d’une systématisation, et savoir ce qu’ils ont remplacé montre de quel genre d’accomplissement il s’agit.

Le calcul du destin plus ancien procédait largement par les shensha (神煞), une vaste collection ouverte d’esprits nommés, de présages et de combinaisons particulières. Chacun avait son nom, sa règle d’apparition dans un thème et sa conséquence propre. Il y en avait des centaines, ils ne dérivaient d’aucun principe commun, ils s’étaient accumulés au fil des siècles à partir de sources diverses, et ils se contredisaient fréquemment. Apprendre l’art revenait à mémoriser un catalogue.

Le cadre des Dix Dieux a fait tout autre chose. Il a jeté le catalogue et l’a remplacé par un petit ensemble fermé, engendré par une seule question posée systématiquement : quelle est la relation de phase et de polarité de ce caractère avec le Maître du jour ? Cinq relations multipliées par deux polarités donnent dix, et l’ensemble est complet par construction. Rien n’est à mémoriser hormis la dérivation, et chaque caractère de chaque thème peut être classé sans recourir à une liste.

Ce fut un véritable progrès intellectuel, et il mérite d’être reconnu comme tel, quoi que l’on conclue sur la validité de l’art. C’est le même type de démarche que le remplacement d’un tableau de cas séparés par une règle générale, et c’est ce qui a rendu le BaZi enseignable et analytiquement maniable comme ses prédécesseurs ne l’étaient pas. Les anciens esprits n’ont jamais été entièrement abandonnés — beaucoup de manuels présentent les deux systèmes côte à côte, et certains praticiens y recourent encore abondamment — mais les Dix Dieux sont devenus la colonne vertébrale, et la tradition analytique qui traverse le Ditian Sui et le Ziping Zhenquan repose sur eux plutôt que sur les esprits.

Deux mises en garde

Deux mises en garde méritent d’être gardées à l’esprit. Premièrement, les lectures liées au genre et à la parenté — la Richesse comme épouse, l’Officier comme mari, et ainsi de suite — reflètent les présupposés de la société dans laquelle le système a mûri, et de nombreux praticiens contemporains les réinterprètent ou les laissent de côté. Elles font partie de l’histoire de la tradition, non de vérités immuables. Deuxièmement, la mise en correspondance assurée des traits d’un thème avec le caractère et les événements de la vie n’a jamais résisté à des tests contrôlés ; c’est un art interprétatif aux profondes racines culturelles, et c’est dans cet esprit qu’il est décrit ici.

Ce que le système accomplit

Compris dans cet esprit, le Maître du jour et les Dix Dieux sont une élégante pièce d’ingénierie symbolique. À partir d’un seul point de référence et de la logique quintuple des phases, la tradition engendre un riche vocabulaire pour parler des aspirations, des relations et de la situation d’une personne. La page suivante passe de ce vocabulaire à la question qui gouverne l’appréciation du thème entier : le Maître du jour est-il fort ou faible, et de quels éléments le thème est-il censé avoir besoin ?

Points clés

  • Le Maître du jour est le Tronc du pilier du jour et représente la personne à qui appartient le thème.

  • Il porte une valeur parmi les Cinq Phases et une polarité yin ou yang — par exemple « Bois yang ».

  • Chacun des autres Troncs du thème est ensuite décrit par sa relation avec le Maître du jour.

  • Cinq relations de phase possibles, chacune de polarité identique ou opposée, donnent exactement dix catégories.

  • Ces Dix Dieux sont regroupés en cinq paires partageant une fonction sous-jacente.

  • Chaque paire est associée à un domaine de la vie — richesse, autorité, expression, soutien, parenté.

  • Le lecteur observe quels Dieux sont présents, forts, faibles ou absents, et comment ils interagissent.

  • Les lectures liées au genre et à la parenté reflètent la société qui les a produites et doivent être lues en gardant cela à l’esprit.

  • À partir d’un seul point de référence, le système engendre un vocabulaire descriptif complet.

Sources utilisées pour cet article : Richard J. Smith, Fortune-tellers and Philosophers: Divination in Traditional Chinese Society ; Ho Peng Yoke, Chinese Mathematical Astrology: Reaching Out to the Stars ; Ted Kaptchuk, The Web That Has No Weaver (pour les cycles d’engendrement et de domination des Cinq Phases) ; ainsi que les exposés de référence classiques sur les Dix Dieux dans la tradition Ziping.