Sources principales et pour aller plus loin

Textes primaires et études fiables pour explorer le Faîte suprême

Ce sujet est d’une dispersion inhabituelle. Les sources primaires se réduisent à une seule proposition dans un commentaire classique, un essai de deux cent cinquante caractères, un ensemble de lettres et une poignée de courts manuels martiaux. La littérature secondaire se partage entre la sinologie, l’histoire de la philosophie chinoise, les études taoïstes et l’histoire des arts martiaux, et ces disciplines se citent rarement entre elles. Le lecteur qui suit le sujet à travers les quatre fait quelque chose que la littérature ne facilite pas.

Illustration à l’encre : une table de lettré chargée de rouleaux de bambou, de livres reliés, d’un rouleau déplié montrant un cercle, d’un encensoir et d’un pot de pinceaux, devant des montagnes brumeuses.

Cette page classe donc le matériau selon ce que vous pourriez chercher. Chaque section indique à quoi servent les ouvrages, en plus de les nommer.

La phrase source

La proposition à l’origine de tout se trouve dans l’un des essais annexés au Livre des Mutations. Pour une traduction de ces commentaires annexes, les versions présentées dans les pages de ce site consacrées au Livre des Mutations les incluent toutes : Wilhelm et Baynes donnent la lecture traditionnelle, et la traduction de Richard John Lynn les accompagne du commentaire du IIIe siècle qui traite le Taiji comme l’inconditionné.

Il vaut la peine de lire en entier le passage où figure la proposition, et non la proposition seule, car les phrases qui l’entourent montrent clairement que le sujet immédiat est la génération des figures d’un système divinatoire, et non l’origine du cosmos.

L’essai des Song et son interprétation

L’essai du XIe siècle qui accompagne le diagramme est très court et figure en traduction dans les anthologies de référence. A Source Book in Chinese Philosophy de Wing-tsit Chan le donne avec le principal commentaire, et ce volume reste le livre en anglais le plus utile pour quiconque travaille sur la terminologie philosophique chinoise ; il est ancien, il a été critiqué, et rien ne l’a remplacé.

Pour une étude moderne détaillée, Reconstructing the Confucian Tao de Joseph Adler examine comment l’essai fut approprié et réinterprété par le philosophe du XIIe siècle qui en fit une doctrine orthodoxe, et il est précis sur les questions mêmes que soulève cette section. Adler a aussi traduit la courte introduction de ce philosophe à l’étude du Livre des Mutations, directement pertinente.

Pour entendre la voix du philosophe lui-même, la sélection de Daniel Gardner tirée des entretiens classés par thèmes donne une bonne idée de la manière dont ces concepts étaient discutés dans l’enseignement, et la traduction par Wing-tsit Chan de l’anthologie d’écrits néo-confucéens compilée au XIIe siècle montre ce que la tradition jugeait essentiel.

La controverse sur le Sans-limite

L’échange de lettres sur la question de savoir si le terme désignant le Sans-limite devait être placé en tête est en partie traduit dans les anthologies, et les positions sont résumées dans les histoires de référence. La meilleure porte d’entrée est le recueil de Chan, complété par les chapitres pertinents des histoires générales citées plus bas ; la correspondance elle-même est technique et ne vaut d’être lue qu’une fois les positions bien comprises.

Pour l’école adverse, Readings from the Lu-Wang School of Neo-Confucianism de Philip Ivanhoe propose des extraits traduits, et la traduction par Wing-tsit Chan des entretiens du XVIe siècle connus en anglais sous le titre d’instructions pour la vie pratique montre où cette ligne de pensée a abouti.

Les classiques martiaux

Les courts textes théoriques de l’art martial existent en plusieurs traductions, et le choix importe autant qu’ailleurs.

La traduction annotée des classiques par Barbara Davis est le volume le plus utile : elle donne les textes avec un commentaire du XIXe siècle et examine l’histoire des manuscrits. Les travaux de Douglas Wile sur les manuscrits de la fin des Qing constituent l’étude savante indispensable : ils établissent ce que disent réellement les documents les plus anciens et à quelle date ils furent écrits ; son volume complémentaire sur les antécédents de l’art rassemble des matériaux plus anciens. Les traductions de Louis Swaim, publiées dans le cadre de manuels de pratique plus larges, sont rigoureuses sur la terminologie et permettent de vérifier des versions plus libres.

Une mise en garde propre à cette littérature. Un très grand nombre de traductions publiées de ces textes sont l’œuvre de pratiquants dépourvus de formation philologique et reproduisent une compréhension reçue plutôt que le chinois. Les textes étant courts et lapidaires, les écarts sont considérables.

Ouvrages de référence et anthologies

Trois ouvrages généraux répondront à la plupart des questions ponctuelles.

Sources of Chinese Tradition de De Bary et Bloom est le recueil de documents de référence et replace chaque texte dans son contexte. L’Encyclopedia of Taoism de Fabrizio Pregadio comporte des entrées sur les termes, les diagrammes et les pratiques, rédigées par des spécialistes, et c’est la voie la plus rapide vers une information fiable côté taoïste. Le Taoism Handbook de Livia Kohn couvre le même terrain en essais plus longs.

La métaphysique néo-confucéenne

Neo-Confucianism in History de Peter Bol explique à quoi servait le mouvement, socialement et politiquement, ce qui est le contexte qui rend la métaphysique intelligible. L’étude d’A. C. Graham sur les deux frères du XIe siècle dont l’œuvre précéda la synthèse est un modèle d’exposition philosophique rigoureuse et montre d’où vient le vocabulaire du principe. Pour le contenu philosophique en lui-même, les chapitres pertinents des histoires générales suffisent, et les lecteurs qui veulent aller plus loin se tourneront vers Adler.

Le versant taoïste

L’article d’Isabelle Robinet sur la place et le sens du terme dans les sources taoïstes est l’étude clé ; il démontre que le terme a eu une histoire taoïste substantielle, indépendante du débat confucéen. Ses livres sur l’alchimie interne et sur l’histoire du taoïsme en donnent le cadre.

Pour l’usage alchimique du schéma cosmologique, la traduction annotée par Fabrizio Pregadio du classique alchimique du IIe siècle est la porte d’entrée pratique, car elle explique la notation au fil du texte. Ses autres études sur l’alchimie prolongent ce travail.

L’histoire du diagramme

C’est une question de spécialistes, et la littérature est en grande partie en chinois. En anglais, l’article de Robinet l’aborde, et les introductions des ouvrages cités plus haut discutent la thèse selon laquelle le tableau du XIe siècle dériverait d’un original taoïste. Ce débat a commencé en Chine il y a plusieurs siècles et se poursuit ; les lecteurs du chinois trouveront des travaux modernes sur les antécédents du diagramme, et le résumé honnête de l’état de la question est qu’elle reste ouverte.

Pour le cercle aux deux moitiés imbriquées en particulier, soyez prudent avec les sources. Une grande partie de ce qui s’écrit sur son ancienneté est pure invention, et les affirmations assurées sur une origine néolithique ou de l’âge du bronze doivent être tenues pour infondées tant qu’un objet réel et un contexte daté ne sont pas cités.

L’histoire de l’art martial

Ce domaine possède une solide tradition de recherche critique, qu’il est bon de connaître car les livres grand public n’en portent pas la trace.

Les volumes de Douglas Wile, déjà mentionnés, en sont le fondement en anglais. L’histoire générale des arts martiaux chinois de Peter Lorge replace l’art dans un contexte long et se montre sobre à l’égard des revendications de lignée. L’étude de Meir Shahar sur un monastère célèbre ne traite pas du tout de cet art, mais elle documente le même processus général par lequel des pratiques acquièrent des généalogies philosophiques et religieuses rétrospectives, et sa lecture constitue un utile vaccin. Les articles de Stanley Henning sur l’historiographie des arts martiaux sont brefs, incisifs et consacrés précisément à la démystification des lignées inventées.

En chinois, les travaux historiques critiques sur les origines de l’art ont commencé dans les années 1930, lorsque des chercheurs examinèrent l’attribution de l’art à une figure taoïste légendaire et ne lui trouvèrent aucun fondement. Cette littérature reste la base de toute discussion sérieuse en chinois.

Sources en langue chinoise

Si vous lisez le chinois, bien des choses deviennent plus faciles.

L’essai des Song et son principal commentaire sont imprimés ensemble dans de nombreuses éditions. Les entretiens classés par thèmes du synthétiseur du XIIe siècle existent en éditions modernes ponctuées et constituent la source la plus riche sur l’usage réel de ces termes. L’étude de Chen Lai sur la pensée de ce philosophe est un ouvrage moderne de référence. Pour les textes martiaux, les transcriptions de manuscrits du XIXe siècle et les études critiques de l’époque républicaine forment les matériaux primaires, et des recueils modernes les rééditent.

Ce qu’il faut vérifier dans tout ouvrage chinois sur ce sujet : s’il distingue la proposition source de l’interprétation des Song, s’il date le diagramme, et s’il cite des documents ou répète des récits de lignée.

Un ordre de lecture suggéré, et des mises en garde

Pour un lecteur qui part de zéro : lisez d’abord le passage du commentaire annexe, dans n’importe quelle traduction fiable, pour constater à quel point il y a peu. Lisez ensuite l’essai des Song, qui prend dix minutes. Puis Adler, pour ce qu’on en a fait. Puis l’article de Robinet, pour le parallèle taoïste. Puis, si l’art martial vous intéresse, Davis et Wile.

Trois mises en garde. Les livres grand public sur ce sujet se recopient les uns les autres, et une affirmation répétée dans vingt d’entre eux n’en est pas mieux fondée pour autant. Toute source qui date le diagramme aux moitiés imbriquées d’avant les Song n’est fiable sur rien de ce qu’elle dit par ailleurs. Et une source qui présente l’art martial comme dérivé de la philosophie inverse la séquence, ce qui indique généralement qu’elle répète la tradition au lieu de l’examiner.

Points clés

  • Les sources primaires sont très brèves : une proposition, un court essai, quelques lettres et quelques manuels martiaux.
  • Le recueil de Chan reste le volume en anglais le plus utile pour le vocabulaire philosophique ; Adler est la meilleure étude moderne de la réinterprétation de l’essai des Song.
  • L’article de Robinet établit que le terme a eu une histoire taoïste indépendante, parallèle au débat confucéen.
  • Pour les classiques martiaux, utilisez Davis et Wile ; bien des traductions de pratiquants reproduisent une compréhension reçue plutôt que le chinois.
  • Les affirmations sur l’ancienneté du diagramme aux moitiés imbriquées sont souvent inventées et doivent être tenues pour infondées en l’absence d’un objet daté.
  • La recherche critique chinoise sur les origines de l’art martial remonte aux années 1930 et reste la base de toute discussion sérieuse.