- Accueil/
- Culture taoïste/
- Fêtes et rituels taoïstes : calendriers, offrandes et rites communautaires/
- Fête du Double Neuf : Chongyang, longévité et respect des aînés
Fête du Double Neuf : Chongyang, longévité et respect des aînés
Pourquoi le neuvième jour du neuvième mois compte, comment lire ses coutumes protectrices et ce qui subsiste aujourd’hui
Le neuvième jour du neuvième mois lunaire a lieu la fête du Double Neuf, Chongyang. C’est l’une des dates les plus anciennes du calendrier chinois et l’une des rares à avoir été continuellement observée, réinterprétée et encadrée par la loi pendant plus de deux mille ans.

- Pourquoi le Double Neuf tombe le neuvième jour du neuvième mois
- Les coutumes du Double Neuf et leur fonction protectrice
- Le Double Neuf et la longévité
- Traditions d’ascension et Wang Chongyang
- Le respect des personnes âgées, hier et aujourd’hui
- Quelles traditions du Double Neuf subsistent aujourd’hui
- À retenir sur la fête du Double Neuf
Elle compte pour le taoïsme à trois titres. Sa logique numérique montre clairement comment la cosmologie attribue un sens aux dates. Ses coutumes sont liées aux pratiques de longévité. Et dans le calendrier chinois contemporain, cette journée est devenue la fête nationale du respect des personnes âgées — continuité réelle plutôt que rupture.
Pourquoi le Double Neuf tombe le neuvième jour du neuvième mois
Dans la numérologie qui sous-tend la cosmologie chinoise, les nombres impairs sont yang et les nombres pairs yin. Neuf est le plus grand chiffre impair ; il est donc le plus yang des chiffres et se trouve associé au Ciel, à l’empereur et à l’accomplissement — d’où les neuf rangs de fonctionnaires, les neuf provinces ou les neuf palais.
Le neuvième jour du neuvième mois double ainsi la valeur yang maximale. Le nom chongyang l’énonce exactement : chong signifie « doublé » ou « répété », et yang désigne le principe yang. Il ne s’agit pas d’affirmer un mystère, mais de marquer la rencontre du calendrier et du système numérique, comme le quinzième jour d’un mois lunaire est significatif parce qu’il se situe près de la pleine lune.
Un excès de yang n’est pas simplement bénéfique. Dans ce système, santé et sécurité reposent sur l’équilibre ; doubler un maximum produit donc un déséquilibre. Les coutumes traditionnelles de cette journée étaient à l’origine protectrices plutôt que festives : les premiers usages consignés cherchent à éviter le malheur d’une date jugée dangereuse.
Ce point mérite d’être retenu, car les lecteurs extérieurs interprètent souvent mal la cosmologie chinoise. Yang ne signifie pas « bon », pas plus que yin ne signifie « mauvais ». Ce sont des phases complémentaires dont l’excès, de part ou d’autre, pose problème. Une fête fondée sur un yang doublé apprend à gérer un sommet, non à s’y abandonner.
Les coutumes du Double Neuf et leur fonction protectrice
Quatre coutumes reviennent dans les sources depuis les Han et les Six Dynasties ; toutes ont reçu des explications pratiques ou médicinales dans leur contexte historique.
Prendre de la hauteur. La pratique la plus connue consiste à gravir une colline ou une tour. Le récit habituel parle d’une famille à qui un maître conseille de quitter le village et de monter sur une montagne avec certaines plantes ; à son retour, elle découvre qu’une épidémie a tué tout ce qui était resté en bas. Quelle que soit la valeur donnée au récit, sa logique est celle de l’évitement : quitter, lors d’une journée dangereuse, un lieu bas, clos et peuplé. La hauteur correspond aussi aux associations yang de la date et à l’usage chinois plus large de marquer les occasions par l’élévation.
Chrysanthème. Le chrysanthème fleurit en automne, est associé dans la médecine chinoise à la dissipation de la chaleur et apparaît très tôt dans les contextes de longévité. Le vin de chrysanthème — des fleurs macérées dans du vin de riz — est la boisson caractéristique du jour, tandis que l’observation des chrysanthèmes est sa sortie typique. L’association de la fleur avec le retrait, l’intégrité et le lettré qui renonce à la fonction publique doit beaucoup au poète Tao Yuanming, aux IVe et Ve siècles.
Zhuyu. Des brins d’une plante très aromatique, généralement identifiée à une espèce de Zanthoxylum ou à l’évodia apparenté, étaient portés dans une bourse ou dans les cheveux. L’emploi d’aromates contre les maladies et les insectes forme une vaste catégorie pratique des coutumes chinoises ; le Double Neuf en offre une expression saisonnière.
Gâteaux. On mange des gâteaux cuits à la vapeur en plusieurs couches. Les étages jouent sur l’homophonie approximative entre le mot « gâteau » et le mot « haut ». Ces jeux de mots alimentaires sont omniprésents dans les fêtes chinoises et expliquent souvent pourquoi un plat particulier s’attache à une date.
Le Double Neuf et la longévité
Le Double Neuf est l’un des points de contact les plus directs entre le calendrier festif et la tradition de longévité ; il faut donc préciser ce que cette tradition affirmait réellement.
Les pratiques chinoises de longévité couvrent un spectre très large. À leur extrémité la plus pratique, elles comprennent la régulation alimentaire, l’adaptation saisonnière du comportement, les exercices respiratoires, les mouvements doux, l’emploi de plantes et la régulation sexuelle — un ensemble de conseils qui recoupe largement la médecine ordinaire. À l’autre extrémité se trouvent l’alchimie externe, qui cherchait à produire un élixir à partir de substances minérales, puis l’alchimie interne, qui a déplacé l’opération dans le corps et relu le vocabulaire minéral comme métaphore.
L’alchimie externe a été prise très au sérieux pendant des siècles et a causé des morts. Le cinabre est un sulfure de mercure ; des composés de plomb et d’arsenic ont également été employés. On pense que plusieurs empereurs sont morts après avoir consommé des élixirs. Le tournant intérieur des Tang et des Song a été en partie nourri par ce bilan, et certains alchimistes internes ont explicitement présenté le laboratoire extérieur comme un malentendu.
L’objectif recherché exige lui aussi de la prudence. Le mot français « immortalité » suggère une vie sans fin dans le corps ordinaire, alors que ce n’est généralement pas l’affirmation centrale. Le terme chinois, devenir un xian, renvoie au raffinement et à un changement d’état plutôt qu’à la seule durée. Au IVe siècle, Ge Hong classait techniquement les transcendés : ceux qui s’élèvent au Ciel, ceux qui demeurent sur terre et ceux qui partent en laissant leur corps. Il s’agit donc d’une littérature technique sur des états, non d’une simple imagination de ne jamais mourir.
Ce site décrit ces pratiques sous leurs aspects historiques et structurels. Il ne fournit aucune instruction et ne présente pas les affirmations physiologiques traditionnelles comme des faits établis.
Traditions d’ascension et Wang Chongyang
Deux associations taoïstes se rattachent spécialement à cette date.
La première est qu’à Wudang, le neuvième jour du neuvième mois marque l’ascension de Zhenwu, le Guerrier Parfait, dont l’anniversaire tombe le troisième jour du troisième mois. Associer une naissance au printemps à une ascension en automne est une structure courante. L’ascension est comprise comme un changement de statut plutôt que comme une mort ; la journée est donc célébrée, non endeuillée.
La seconde relève du nom. Wang Zhe, fondateur au XIIe siècle de l’école Quanzhen, est universellement connu sous son nom religieux Wang Chongyang — le même mot que la fête. Les monastères Quanzhen et les nombreux temples qui portent son nom conservent ainsi un lien implicite avec cette date et avec les idées de yang doublé et de raffinement qu’elle exprime.
Il ne faut exagérer ni l’un ni l’autre lien. La fête est bien plus ancienne, et son contenu principal dans la société chinoise n’a jamais été exclusivement taoïste. Mais ces coïncidences sont réelles ; elles expliquent pourquoi un visiteur dans un temple taoïste peut voir cette journée observée pour des raisons qui dépassent largement les chrysanthèmes.
Le respect des personnes âgées, hier et aujourd’hui
Le lien entre le Double Neuf et la vieillesse n’est pas une invention moderne, même si sa forme juridique actuelle est récente.
Ce lien passe par le nombre. Neuf, le plus grand chiffre yang, est associé depuis longtemps à la longévité, et l’expression « neuvième du neuvième » est homophone d’une formule signifiant « durer longtemps ». Les poèmes et banquets impériaux du jour invoquaient fréquemment la longue vie ; le vin de chrysanthème était bu pour la même raison.
En 1989, la journée a été désignée en Chine continentale comme fête des personnes âgées ; la révision de 2013 de la loi sur la protection de leurs droits lui a donné une assise légale. Dans la pratique, cela se traduit par des visites organisées aux proches âgés, des activités communautaires, des bilans de santé et une attention médiatique au vieillissement. Taïwan et d’autres régions sinophones observent des coutumes proches dans des cadres juridiques différents.
On pourrait voir avec cynisme la réaffectation d’une fête par l’État ; dans ce cas, elle suit pourtant de près la logique propre de la journée. Une fête consacrée à un sommet du yang, aux coutumes protectrices et à la longue vie concernait déjà en partie le vieillissement. Ce qui a changé, c’est que cette préoccupation a pris une forme administrative — processus qui, précisément, s’est souvent appliqué aux pratiques religieuses chinoises au cours de deux millénaires.
Quelles traditions du Double Neuf subsistent aujourd’hui
Parmi les quatre coutumes classiques, les chrysanthèmes et l’ascension en hauteur ont le mieux survécu. Des expositions automnales de chrysanthèmes se tiennent dans de nombreuses villes chinoises, et la journée reste une occasion habituelle de marcher sur une colline ou de gagner un point de vue. Des gâteaux à étages sont vendus en saison. Le port du zhuyu a presque disparu et se rencontre surtout dans la poésie.
Dans certaines régions du sud et à Hong Kong, on visite les tombes au Double Neuf, qui sert alors de pendant automnal à la fête printanière des tombes. Ce schéma régional, et non général, montre comment une date nationale acquiert un contenu local.
Pour un visiteur, la rencontre la plus probable avec la fête n’est pas une liturgie mais une foule. Parcs, collines, chemins de temple et sites pittoresques sont plus fréquentés, surtout autour des points de vue. Dans les sites taoïstes de montagne, la conséquence pratique est l’encombrement des itinéraires d’ascension, qu’il convient d’anticiper.
Sources et limites. Cette page s’appuie sur les premiers récits des coutumes du Double Neuf dans les sources des Six Dynasties et des Tang, sur la classification des transcendés par Ge Hong, sur des études de référence consacrées à l’alchimie et aux pratiques chinoises de longévité, ainsi que sur la législation actuelle de Chine continentale relative aux droits des personnes âgées. Elle ne donne aucun conseil de santé ou de pratique et ne présente pas les affirmations physiologiques traditionnelles comme des faits.
À retenir sur la fête du Double Neuf
Le Double Neuf tombe le neuvième jour du neuvième mois lunaire ; neuf est le plus grand chiffre yang, si bien que la date double la valeur yang maximale.
Un excès de yang est un déséquilibre, non un avantage. Les premières coutumes de la journée sont protectrices : elles cherchent à traverser une date dangereuse plutôt qu’à célébrer une date bénéfique.
Yang ne signifie pas « bon », pas plus que yin ne signifie « mauvais » ; l’excès de l’un ou de l’autre pose problème. C’est une erreur fréquente dans les lectures extérieures de la cosmologie chinoise.
Les quatre coutumes classiques sont l’ascension en hauteur, le vin et l’observation des chrysanthèmes, le port du zhuyu aromatique et la consommation de gâteaux à étages jouant sur le mot « haut ».
Les pratiques de longévité vont de régimes alimentaires et respiratoires ordinaires à l’alchimie externe, qui employait du mercure et du plomb et a causé des morts, y compris parmi les empereurs.
Le mot « immortalité » déplace l’accent : devenir un xian renvoie au raffinement et à un changement d’état, et Ge Hong classait techniquement ces états.
À Wudang, cette journée marque l’ascension de Zhenwu, associée à son anniversaire du troisième jour du troisième mois ; l’ascension est un changement de statut, non une mort.
Wang Zhe, fondateur de Quanzhen, est connu sous le nom de Wang Chongyang — le même mot que la fête —, ce qui relie par leur nom de nombreux monastères à cette date.
La journée est devenue fête des personnes âgées en Chine continentale en 1989, avec une assise légale depuis 2013 ; son association avec le grand âge passe par le nombre et précède largement la loi.