Origines et histoire du choix des dates en Chine

Des livres des jours exhumés et des almanachs impériaux à la pratique moderne

Le souhait d’entreprendre une chose importante à un moment favorable est très ancien, et en Chine il s’est développé au fil des siècles jusqu’à devenir l’un des arts pratiques les plus durables. Bien avant qu’un almanach imprimé ne se trouve dans chaque foyer, le choix des jours était l’affaire de spécialistes attachés aux cours et aux communautés, et son histoire est étroitement liée à celle, plus large, de la manière dont les Chinois ont mesuré et interprété le temps.

Illustration à l’encre : un lettré âgé en robe bleue, tenant un pinceau et un rouleau de lattes de bambou, observe le soleil et la lune près d’une sphère armillaire et d’un cadran solaire.

Les débuts sous les Shang

Les racines de la pratique remontent aux périodes les plus anciennes dont nous ayons conservé des écrits. Dans la divination de la dynastie Shang, les questions gravées sur des os de bœuf et des carapaces de tortue portaient souvent sur la convenance de certains jours pour des sacrifices, des chasses ou des actions militaires. Quoi que ces inscriptions montrent par ailleurs, elles révèlent une conviction bien établie : les jours différaient en qualité, et le bon jour importait. Le cycle de soixante jours formé par les dix Troncs célestes et les douze Rameaux terrestres, déjà employé sous les Shang pour nommer les jours, fournissait le cadre dans lequel de tels jugements pouvaient être portés, et il est resté au cœur du choix des dates depuis lors.

Les livres des jours des Qin : les plus anciens manuels que nous puissions lire

Pour les périodes Shang et Zhou, nous disposons d’inscriptions plutôt que d’instructions, et il n’est pas toujours clair quelles règles sous-tendaient un jugement. Cela change brusquement avec une découverte archéologique du XXe siècle. Des tombes de la fin des Royaumes combattants et de l’époque Qin ont livré des liasses de fiches de bambou portant des textes connus sous le nom de livres des jours (日书) — les plus anciens manuels de choix des dates conservés sous une forme que nous pouvons réellement lire.

Les plus connus ont été exhumés en 1975 à Shuihudi, dans le Hubei, dans la tombe d’un modeste fonctionnaire Qin inhumé vers 217 avant notre ère. Ce sont des manuels de travail plutôt que des traités philosophiques. Ils énumèrent des jours et indiquent ce que l’on peut et ne peut pas y faire : quand se marier, quand voyager, quand bâtir, quand prendre un poste officiel, quand baigner un cheval ou coudre des vêtements. Ils donnent des méthodes pour juger si un fugitif sera retrouvé et si un nouveau-né prospérera.

Deux points méritent d’être retenus. D’abord, la présentation n’a pratiquement pas changé en vingt-deux siècles : un jour, une liste d’activités permises, une liste d’activités interdites. Quiconque sait lire un almanach moderne en reconnaîtrait aussitôt la mise en page. Ensuite, ces textes appartenaient déjà à un employé de l’administration de rang moyen plutôt qu’à un spécialiste de cour, ce qui nous apprend que consulter un tel livre était une pratique courante chez les lettrés bien avant l’unification de l’empire.

Les Han : systématisation et critique simultanées

Sous les Han, la pratique fut intégrée à l’appareil plus vaste de la cosmologie corrélative. Le yin-yang et les Cinq Phases fournirent un vocabulaire théorique dont les livres des jours s’étaient largement passés, et le choix des jours devint une branche d’une science générale de la résonance entre l’ordre humain et l’ordre naturel.

Elle s’attira aussi immédiatement des critiques, venues de l’intérieur de la tradition plutôt que de l’extérieur. Le philosophe sceptique Wang Chong (王充, v. 27–100 de notre ère) consacra plusieurs chapitres de son Lunheng à la question. Ses objections étaient empiriques et méritent encore d’être lues. Si un jour est réellement néfaste pour les funérailles, pourquoi les familles qui n’en tiennent pas compte ne s’en portent-elles pas plus mal ? Si un interdit oblige vraiment, pourquoi s’applique-t-il dans une région et pas dans la suivante ? Si le même jour est funeste pour tous, pourquoi le destin de ceux qui y sont nés diverge-t-il si complètement ?

Wang Chong n’était pas un excentrique isolé ; des objections comparables reviennent tout au long de la période impériale, souvent sous la plume de fonctionnaires qui utilisaient eux-mêmes l’almanach. Ce qu’il faut en retenir, c’est qu’il ne s’est jamais agi d’un système de croyances incontesté. Les arguments aujourd’hui avancés contre le choix des dates ont été formulés, presque dans les mêmes termes, dans les un ou deux siècles qui ont suivi ses premiers manuels écrits — et ils n’ont en rien ralenti sa diffusion.

Des méthodes médiévales concurrentes

À l’époque médiévale, le choix des jours avait accumulé un corps de méthodes riche et parfois contradictoire. Les différentes écoles privilégiaient des systèmes différents : certaines travaillaient surtout à partir des troncs et des rameaux et du cycle des jours, d’autres à partir d’un ensemble d’étoiles et d’esprits théoriques censés gouverner chaque jour, d’autres encore à partir des positions du ciel réel. Ces approches ne concordaient pas toujours, et la complexité qui en résultait devint un sujet de plainte chez les lettrés autant qu’un objet de confiance populaire. On s’efforça, surtout sous les dynasties tardives, de trier et de normaliser cette masse de règles, et des compilations impériales furent produites pour mettre de l’ordre dans le domaine.

Une part de cette complexité était importée. À partir des Tang, des matériaux astrologiques indiens parvinrent en Chine par le biais des traductions bouddhiques, au premier chef le Xiuyao jing (宿曜经), traduit au VIIIe siècle par Amoghavajra. Il apporta avec lui la semaine planétaire de sept jours et un ensemble de savoirs attachés aux vingt-huit loges lunaires, qui fut absorbé par le choix des jours chinois et reste visible dans les almanachs d’aujourd’hui. Une partie de ce que l’on présente aujourd’hui comme une tradition chinoise immémoriale est arrivée d’Inde par l’intermédiaire de moines bouddhistes il y a environ mille deux cents ans, ce qui corrige utilement les prétentions à une filiation pure et ininterrompue.

L’époque médiévale vit aussi apparaître un problème particulier qui ne serait jamais résolu : à mesure que chaque école ajoutait ses propres esprits et ses propres règles, l’ensemble de la doctrine croissait plus vite que quiconque ne pouvait l’harmoniser. Les lettrés s’en plaignaient déjà à l’époque. On ne reprochait pas à cet art d’être faux, mais d’être devenu inutilisable — une objection différente et, à certains égards, plus dommageable.

Le calendrier devient une affaire d’État

Au cours des dynasties suivantes, la pratique se fit plus systématique. À mesure que le calendrier devenait lui-même une affaire d’État, lié à l’autorité de l’empereur à régler le temps, les fonctionnaires chargés de le calculer se préoccupèrent aussi de la qualité des jours. Des bureaux d’astronomie et d’astrologie au sein du gouvernement impérial étaient chargés de déterminer les dates convenables pour les cérémonies, les intronisations et les autres affaires de la cour, et les méthodes qu’ils employaient furent peu à peu consignées, débattues et affinées. Des manuscrits exhumés datant des débuts de l’empire, notamment des livres des jours énumérant les activités favorables et défavorables selon les jours, montrent que les gens ordinaires, et pas seulement les fonctionnaires, consultaient déjà de tels guides il y a plus de deux mille ans.

Le compendium des Qing

La plus importante de ces entreprises eut lieu au XVIIIe siècle, lorsque la cour des Qing patronna un grand compendium des méthodes de choix des dates, qui rassemblait, triait et systématisait les règles traditionnelles sous l’autorité impériale. Les ouvrages de ce genre donnèrent à la pratique une certaine forme officielle et contribuèrent à fixer le vocabulaire et les catégories qu’emploieraient les almanachs ultérieurs. L’intérêt de l’État n’était pas purement savant : l’empereur étant tenu pour responsable de l’accord entre les affaires humaines et l’ordre du Ciel, le choix correct des jours pour les grandes cérémonies était une question de légitimité autant que de coutume.

Le compendium en question est le Xieji Bianfang Shu (协纪辨方书), achevé en 1741 sous l’empereur Qianlong. Sa préface est d’une franchise inhabituelle, et elle consigne un fait que quiconque évalue cet art devrait connaître : la compilation fut entreprise parce que la littérature existante se contredisait. Des autorités différentes reconnaissaient des esprits différents, leur assignaient des règles incompatibles et produisaient des almanachs dans lesquels un seul et même jour était déclaré à la fois propice et interdit pour la même entreprise.

Les éditeurs y remédièrent en élaguant. Ils écartèrent les esprits qu’ils jugeaient apocryphes, tranchèrent entre les règles contradictoires et publièrent le résultat comme norme. L’ouvrage est une véritable réussite savante et demeure la référence la plus utile sur le sujet. Mais la manière dont il y est parvenu mérite l’attention. Les contradictions furent réglées par décision éditoriale, faute de toute observation qui eût permis de les régler autrement — et c’est la tradition elle-même qui le rapporte, non une déduction de sceptique moderne.

L’almanach populaire

Parallèlement à cette tradition officielle en existait une autre, populaire, et c’est elle que la plupart des gens connaissaient. L’essor de l’imprimerie permit à l’almanach de devenir un livre bon marché et largement possédé, qui faisait entrer l’essentiel du choix des dates dans les foyers ordinaires. Un paysan décidant quand semer, une famille fixant un mariage, un marchand ouvrant une boutique pouvaient tous consulter le guide imprimé sans recourir à un spécialiste, même si l’on continuait à faire appel aux spécialistes pour les choix plus graves et pour des lectures adaptées à une personne précise. Le choix des dates en vint ainsi à occuper deux niveaux à la fois : un art élaboré pratiqué par des experts, et un ensemble de règles empiriques quotidiennes accessibles à tous.

Une continuité jusqu’à nos jours

Ce double caractère a porté la pratique jusqu’à l’époque moderne avec une continuité remarquable. L’almanach est toujours imprimé et consulté ; mariages, déménagements et ouvertures de commerces sont toujours fixés en tenant compte du jour choisi, en Chine continentale et plus visiblement encore dans les communautés chinoises d’ailleurs. Le raisonnement qui sous-tend la pratique relève d’une conception classique du temps et du cosmos que le savoir moderne ne corrobore pas ; mais en tant que coutume vivante, et comme fenêtre ouverte sur la manière dont les Chinois ont longtemps pensé les commencements, le choix des dates compte parmi les héritages les plus persistants de la métaphysique chinoise traditionnelle.

Quelle est la fiabilité de cette histoire ?

Quelques mots s’imposent sur les sources elles-mêmes, car les présentations grand public du choix des dates ont tendance à affirmer plus que ce que les documents permettent.

L’archéologie est solide. Les fiches de Shuihudi sont datées, ont été exhumées dans des conditions contrôlées et publiées ; le corpus des os oraculaires est vaste et bien étudié ; le compendium des Qing est une publication officielle dont la compilation est documentée. Sur ces points, l’histoire est aussi sûre que n’importe quelle autre dans les études chinoises.

Ce qui n’est pas sûr, c’est la filiation que les écrits grand public tracent entre eux. On laisse souvent entendre qu’un système unique et cohérent s’est transmis des Shang jusqu’à nos jours, affiné mais pour l’essentiel inchangé. Les sources montrent quelque chose de plus désordonné : les couches ne s’accordent pas toujours entre elles, certaines règles apparaissent soudainement sans antécédent, et d’autres disparaissent sans explication. Les livres des jours contiennent des esprits dont les almanachs ultérieurs ignorent tout ; les almanachs ultérieurs regorgent d’esprits dont les livres des jours n’avaient jamais entendu parler.

Les attributions à des auteurs anciens précis doivent être traitées avec une prudence particulière. Les textes sur le choix des dates sont couramment attribués à des figures légendaires ou semi-légendaires — l’Empereur jaune, Zhuge Liang et d’autres —, et ces attributions sont des conventions du genre, une manière de signaler qu’un livre appartient à une tradition respectable. Elles ne disent rien de son véritable auteur.

Points clés

  • Le souhait de commencer quelque chose à un moment favorable est devenu l’un des arts pratiques les plus durables de la Chine.

  • La divination par os oraculaires des Shang demandait déjà si certains jours convenaient à certains actes.

  • À mesure que le calendrier devenait une affaire d’État, le choix du moment prit une importance officielle.

  • À l’époque médiévale, les méthodes s’étaient multipliées et se contredisaient souvent.

  • Un compendium des Qing, au XVIIIe siècle, tenta de départager officiellement les systèmes concurrents.

  • Une tradition populaire coexistait avec la tradition officielle, et c’est elle que la plupart des gens utilisaient réellement.

  • L’almanach est toujours imprimé et consulté, ce qui confère à la pratique une continuité exceptionnelle.

Sources utilisées pour cet article : Richard J. Smith, Fortune-tellers and Philosophers: Divination in Traditional Chinese Society, ainsi que ses travaux sur l’almanach chinois ; Joseph Needham, Science and Civilisation in China, sur l’histoire du calendrier et du bureau astronomique ; et les travaux sur les livres des jours exhumés du début de l’empire, qui attestent l’ancienneté du choix des jours.