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Principales traductions et lectures complémentaires
Choisir parmi les nombreuses traductions, et où poursuivre la lecture
Il existe plus de versions anglaises du Dao De Jing que de n’importe quel autre livre chinois, et probablement plus que de n’importe quel livre hormis la Bible. On en compte largement plusieurs centaines. Une grande partie d’entre elles ont été réalisées par des personnes qui ne lisent pas le chinois classique, à partir de versions anglaises antérieures, si bien que des erreurs et des habitudes d’interprétation se sont transmises de livre en livre au fil des générations.

- Traduction et adaptation
- Des traductions sobres et fiables
- Traductions fondées sur les manuscrits
- Traductions qui montrent le commentaire
- Traductions philosophiques
- Les adaptations populaires, évaluées honnêtement
- Éditions chinoises
- Études sur le texte
- Études sur l’époque
- Un ordre de lecture suggéré
- Mises en garde
- Points clés
Cette page fait le tri. Elle explique la différence entre une traduction et une adaptation, cite des éditions à connaître dans chaque catégorie, présente des éditions et des études en langue chinoise, et propose un ordre de lecture. Le but est de vous permettre de savoir ce que vous avez entre les mains.
Traduction et adaptation
La distinction la plus utile n’oppose pas le bon au mauvais, mais deux activités différentes.
Une traduction est faite à partir du chinois par quelqu’un qui le lit, et elle doit rendre compte de l’original ligne par ligne. Une adaptation est une réécriture de traductions anglaises existantes en un nouvel anglais, entreprise à des fins littéraires ou spirituelles. Plusieurs des Dao De Jing anglais les plus lus et les plus beaux sont des adaptations, et certains de leurs auteurs le disent clairement dans leur préface.
Une adaptation n’a rien de malhonnête, pourvu qu’elle soit présentée comme telle. Le problème est que les lecteurs ne peuvent généralement pas faire la différence, et que, pour qui ne lit pas le chinois, les écarts d’une adaptation par rapport à l’original sont impossibles à distinguer des choix réfléchis d’un traducteur. Si vous voulez savoir ce que dit le texte, il vous faut au moins une véritable traduction dans votre bibliothèque.
Un test rapide : regardez les pages liminaires. Les traducteurs indiquent quelle édition chinoise ils ont utilisée et ce qu’ils ont fait des variantes. Les auteurs d’adaptations exposent leurs intentions et leurs sources anglaises.
Des traductions sobres et fiables
Si vous voulez un seul livre qui vous dise ce que dit le chinois avec un minimum d’interprétation, commencez ici.
La traduction de D. C. Lau est fidèle, dépouillée et constamment fiable, et elle présente les deux parties avec des divisions en chapitres clairement marquées. C’est la version la plus souvent recommandée par ceux qui travaillent sur le texte. La traduction de Wing-tsit Chan comporte des notes philosophiques qui situent chaque chapitre dans le contexte de l’ensemble de la pensée chinoise, ce qui en fait une bonne première lecture savante. La traduction de Philip Ivanhoe est concise, exacte et conçue pour l’enseignement, avec des notes utiles sur les passages controversés. La traduction de Moss Roberts est attentive à la forme poétique du texte et comprend un commentaire personnel substantiel.
La version plus ancienne d’Arthur Waley, réalisée dans les années 1930, mérite d’être connue. Waley a délibérément traduit le livre comme un document historique de son époque plutôt que comme une sagesse intemporelle, et son introduction reste l’un des meilleurs exposés brefs de ce contre quoi le texte argumentait. L’anglais a vieilli et la recherche a progressé, mais l’intention était la bonne.
Traductions fondées sur les manuscrits
Deux découvertes ont changé la situation textuelle, et il existe des traductions fondées sur chacune d’elles.
Robert Henricks a traduit les manuscrits sur soie de la tombe Han, en présentant le texte dans l’ordre que donnent ces manuscrits, la partie sur la vertu venant en premier. Il a ensuite publié une traduction du matériel sur lattes de bambou provenant de la tombe du IVe siècle av. J.-C., matériel partiel et agencé différemment, accompagnée d’une analyse de ce qu’il révèle. À eux deux, ces livres donnent au lecteur qui ne lit pas le chinois un accès direct aux témoignages manuscrits.
La traduction de Victor Mair repose elle aussi sur les manuscrits sur soie ; elle est vigoureuse et bien annotée. Son introduction avance un rapprochement avec des sources indiennes que la plupart des spécialistes n’acceptent pas, et elle doit être lue comme un argument plutôt que comme une mise en contexte.
Pour l’étude d’ensemble du matériel exhumé, le volume d’actes de colloque dirigé par Sarah Allan et Crispin Williams est la référence en anglais.
Traductions qui montrent le commentaire
Cette catégorie est la plus utile et la moins connue, car elle lève l’ambiguïté principale : de qui est la lecture que vous recevez ?
La traduction de Red Pine donne, en regard de chaque chapitre, des extraits de commentateurs chinois couvrant deux mille ans. Elle montre ainsi, pour la première fois, à un lecteur occidental que le livre a été lu de manières radicalement différentes en Chine même, et c’est probablement l’édition la plus instructive pour qui connaît déjà un peu le texte.
Richard John Lynn a traduit le classique avec le commentaire philosophique du IIIe siècle qui s’est imposé comme la référence, ce qui permet de voir d’où vient la lecture métaphysique. L’étude d’Alan Chan compare ce commentaire au commentaire orienté vers la longévité, traditionnellement daté plus tôt bien que sa date soit discutée, et constitue le meilleur exposé en anglais de la manière dont deux commentaires produisent deux livres différents. Le recueil d’écritures taoïstes anciennes de Stephen Bokenkamp comprend une traduction du commentaire communautaire ancien qui fit du texte un livre de règles, indispensable pour comprendre son usage religieux.
Traductions philosophiques
Certaines traductions sont faites pour défendre une interprétation, et il faut les lire comme telles.
Roger Ames et David Hall ont produit une traduction encadrée par la thèse selon laquelle la pensée chinoise se comprend mieux en termes de processus que de substance. Ce cadrage est discuté et explicitement assumé, ce qui est la bonne manière de procéder, et le glossaire des termes est réellement utile. Les travaux de Chad Hansen sur la pensée chinoise défendent une position forte sur le langage et le relativisme dans les textes anciens ; ce n’est pas une traduction, mais cela changera votre manière de lire certains chapitres.
Les adaptations populaires, évaluées honnêtement
Deux adaptations dominent le marché grand public, et toutes deux méritent un jugement franc.
L’adaptation de Stephen Mitchell est fluide, marquante et extrêmement influente ; ce n’est pourtant pas une traduction, son auteur ne lit pas le chinois classique, et elle supprime sans le dire la plus grande part du matériau politique et une bonne partie de l’étrangeté du texte. Comme texte contemplatif en anglais, elle est réussie. Comme guide de ce que dit le chinois, elle n’est pas fiable, et le lecteur qui commence par elle devra désapprendre certaines choses.
Ursula Le Guin présentait son propre livre comme une interprétation plutôt qu’une traduction, et elle a toujours pris soin de le préciser. Il est écrit avec une bonne oreille et une réelle sensibilité aux ironies du texte, et elle a consulté des versions savantes tout au long de son travail. Ce n’est pas pour autant une traduction.
Le propos général n’est pas que ces livres soient sans valeur, mais qu’ils relèvent d’une autre catégorie, et que commencer par eux et s’y arrêter produit un malentendu plein d’assurance.
Éditions chinoises
Si vous lisez le chinois, le paysage est beaucoup plus clair, car les éditions indiquent quel texte elles suivent et impriment le commentaire à part.
Pour les deux commentaires classiques, des éditions critiques modernes du commentaire philosophique du IIIe siècle comme du commentaire orienté vers la longévité (traditionnellement daté plus tôt, bien que sa date soit discutée) sont facilement accessibles, ponctuées et établies selon les normes savantes. Pour la critique textuelle de la version reçue, la collation de Zhu Qianzhi est une référence classique. Pour les manuscrits sur soie, l’édition annotée de Gao Ming est le point de départ habituel des chercheurs. Parmi les traductions annotées modernes destinées au grand public, l’édition de Chen Guying est la plus utilisée ; elle comprend une version en chinois moderne accompagnée de notes. Pour comparer les versions de manière systématique, l’étude de Liu Xiaogan met plusieurs textes en regard.
Ce qu’il faut vérifier dans toute édition chinoise : quel texte de base elle suit, si les variantes sont signalées, et si l’interprétation propre de l’éditeur est tenue à l’écart des notes philologiques.
Études sur le texte
Lire sur le livre est souvent plus profitable que d’en lire davantage de versions.
Le recueil d’essais dirigé par Livia Kohn et Michael LaFargue traite de l’auteur, de la datation, de la composition et de la réception, et c’est le meilleur endroit pour voir exposés les débats savants. L’étude de Harold Roth sur un texte ancien apparenté, consacré à la culture intérieure, soutient qu’une tradition de pratique méditative sous-tend certaines parties du classique, position importante et très discutée.
Études sur l’époque
Le livre le plus précieux pour comprendre le Dao De Jing n’en parle peut-être même pas. La synthèse d’A. C. Graham sur les controverses philosophiques de la période des Royaumes combattants explique sur quoi portaient les débats entre les différentes écoles, et une fois que l’on voit le débat, des chapitres qui ressemblaient à des aphorismes flottant librement deviennent des coups joués dans une discussion. Aucun autre ouvrage ne remplit aussi bien cette fonction.
Un ordre de lecture suggéré
Pour un lecteur qui part de zéro : lisez d’abord Graham, ou du moins ses chapitres sur les taoïstes, afin de savoir à quoi le livre répond. Lisez ensuite Lau ou Ivanhoe, pour le texte sans ornement. Puis Red Pine, pour voir la diversité des commentaires. Ensuite, si la question historique vous intéresse, lisez Henricks sur les manuscrits, ainsi que les essais réunis par Kohn et LaFargue. Lisez Mitchell ou Le Guin quand vous le voulez, mais pas en premier.
Si c’est la religion plutôt que la philosophie qui vous intéresse, lisez tôt la traduction par Bokenkamp du commentaire communautaire ancien, car elle montre le passage du livre à l’écriture sacrée plus clairement que n’importe quel exposé qui en rend compte.
Mises en garde
Méfiez-vous de toute édition prétendant restituer le sens originel ou authentique. Les témoignages manuscrits montrent une diversité dès le point le plus ancien que nous puissions atteindre.
Méfiez-vous des éditions sans notes. Ce texte est ambigu ligne après ligne, et une version qui ne vous signale jamais où se trouvent les difficultés les a dissimulées.
Méfiez-vous de l’idée qu’un beau rendu anglais est un rendu fidèle. Certaines des traductions les plus littérales se lisent parfaitement bien, et certaines des plus lyriques se sont beaucoup éloignées du chinois.
Et méfiez-vous des ouvrages secondaires qui citent le texte à travers des adaptations populaires. Si un livre sur le taoïsme cite des chapitres dans un registre spirituel manifestement moderne, il ne travaille pas à partir du chinois.
Points clés
- Il existe des centaines de versions anglaises, et une grande partie d’entre elles sont des réécritures de versions anglaises antérieures plutôt que des traductions.
- Regardez les pages liminaires : les traducteurs parlent des éditions chinoises et des variantes, les auteurs d’adaptations de leurs intentions et de leurs sources anglaises.
- Pour une lecture sobre et fiable, commencez par Lau, Ivanhoe, Chan ou Roberts.
- Henricks donne accès aux manuscrits exhumés ; Red Pine offre deux mille ans de commentaires chinois en regard du texte.
- Mitchell et Le Guin sont influents et bien écrits, mais ce ne sont pas des traductions, et commencer par eux crée des erreurs qu’il faudra désapprendre.
- La synthèse de Graham sur la philosophie des Royaumes combattants est sans doute le livre le plus utile pour comprendre ce contre quoi le texte argumente.