Origines et histoire du qigong

Deux millénaires de pratiques, un nom généralisé depuis environ soixante-dix ans.

L’histoire du qigong ne se résume ni à une invention récente, ni à une tradition demeurée identique pendant plusieurs millénaires. Le mot qigong (气功) est devenu une vaste catégorie publique au milieu du XXe siècle. Il a alors réuni des exercices plus anciens de mouvement, de respiration, d’attention et de culture de soi, issus de milieux médicaux, religieux et martiaux différents.

Montage en tons d’encre montrant un pratiquant en posture calme, des figures d’exercices sur un rouleau et des montagnes chinoises.

Pour suivre cette histoire sans fabriquer une lignée unique, il faut distinguer les objets archéologiques, les textes transmis, les pratiques décrites à chaque époque et les reconstructions modernes. Une image ancienne peut prouver qu’un type d’exercice existait ; elle ne prouve pas qu’une forme enseignée aujourd’hui a traversé les siècles sans changement.

Un nom moderne pour plusieurs histoires anciennes

Avant que qigong ne devienne le terme général que nous connaissons, les sources emploient notamment daoyin (导引, « guider et étirer »), tu-na (吐纳, expirer et inspirer), xingqi (行气, faire circuler le souffle ou le qi) et yangsheng (养生, nourrir la vie). Ces mots ne sont pas parfaitement interchangeables. Ils désignent des gestes, des objectifs et des cadres théoriques qui se recoupent sans former une discipline unique.

Le terme qigong apparaît ponctuellement avant la République populaire de Chine, mais il n’était pas le nom universel de tous ces exercices. À partir de la fin des années 1940 et surtout des années 1950, des médecins et des institutions sanitaires l’ont popularisé comme catégorie commune, avec un vocabulaire plus séculier et des méthodes plus faciles à enseigner collectivement. L’expression « pratiques anciennes, nom moderne » est donc plus précise que l’affirmation d’un qigong uniforme vieux de plusieurs milliers d’années.

Mawangdui et les premières traces matérielles

Parmi les témoignages les plus importants figurent les manuscrits et peintures découverts dans les tombes de Mawangdui, près de Changsha, dont une tombe fut scellée en 168 avant notre ère. Le rouleau généralement appelé Daoyin tu présente une série de personnages exécutant des postures variées : étirements, flexions, mouvements avec accessoires et gestes évoquant certains animaux. Plusieurs inscriptions sont associées à des parties du corps ou à des troubles dans les interprétations savantes.

Cette découverte montre qu’à l’époque des Han existaient déjà des exercices corporels organisés, parfois reliés au souffle et au soin. Elle ne permet toutefois pas de les appeler automatiquement « qigong » au sens actuel. L’étude historique de Livia Kohn, publiée par University of Hawai‘i Press, suit précisément la tradition du daoyin depuis les manuscrits médicaux des Han jusqu’à ses adaptations religieuses et modernes.

Ce que disent — et ne disent pas — les textes anciens

Un passage transmis dans le Zhuangzi évoque des personnes qui « expulsent l’ancien et accueillent le nouveau », s’étirent comme l’ours et déploient le cou comme l’oiseau afin de rechercher la longévité. Le ton du passage est critique : l’auteur oppose ces techniques à son propre idéal de liberté spirituelle. Cette distance est historiquement instructive, car elle atteste que des pratiques respiratoires et corporelles étaient suffisamment connues pour être discutées.

Les textes anciens sont néanmoins des recueils composés, transmis et commentés sur de longues périodes. Une phrase ne doit pas être transformée en manuel complet, et une ressemblance de vocabulaire ne démontre pas l’identité d’une méthode. Pour comparer une pratique actuelle à une source ancienne, il faut examiner la date du témoin, son contexte, les variantes du texte et l’histoire documentée entre les deux.

La voie médicale : exercice, souffle et entretien de la vie

Des compilations médicales anciennes mentionnent le daoyin, la respiration et d’autres techniques corporelles aux côtés de méthodes telles que l’acupuncture, la moxibustion ou les préparations médicinales. Le Huangdi Neijing, dont la forme reçue rassemble plusieurs couches, a contribué à intégrer mouvement, environnement, rythme de vie et conception traditionnelle du corps dans une réflexion médicale plus large.

La biographie ancienne du médecin Hua Tuo lui attribue un « Jeu des cinq animaux » inspiré du tigre, du cerf, de l’ours, du singe et de l’oiseau. Ce témoignage soutient l’existence d’un enseignement de ce type dans l’Antiquité ; il ne suffit pas à identifier une chorégraphie actuelle comme la suite exacte de celle de Hua Tuo. Les séries modernes portant le même nom sont des transmissions ou des reconstructions beaucoup plus tardives.

La voie taoïste : transformer le corps et l’attention

Les traditions taoïstes ont intégré des exercices de souffle et de mouvement à des programmes plus vastes : méditation, visualisation, régulation du régime, récitation, rituels ou alchimie intérieure selon les écoles et les époques. Le corps pouvait être compris à la fois comme lieu de santé, microcosme et support de transformation spirituelle.

Il serait pourtant trompeur de présenter tout exercice respiratoire chinois comme taoïste, ou tout qigong moderne comme une forme d’alchimie intérieure. Les mêmes gestes peuvent changer de sens selon leur milieu. Un exercice transmis dans un contexte médical, monastique ou martial peut partager des termes avec un autre sans poursuivre le même but. L’histoire des pratiques doit donc rester attentive aux communautés qui les emploient.

La voie martiale : une documentation plus tardive

Les arts martiaux utilisent depuis longtemps diverses formes de préparation corporelle, mais leur documentation détaillée est plus tardive et plus inégale que celle des exercices médicaux. Des textes militaires et martiaux des dynasties Ming et Qing décrivent progressivement des méthodes de posture, de force, de souffle et de conditionnement. Cela n’autorise pas à projeter toutes les méthodes internes actuelles dans une Antiquité sans documents.

L’Yijinjing ou « Classique de la transformation des muscles et des tendons » illustre ce problème. La tradition l’associe à Bodhidharma, mais l’étude critique des éditions situe le texte et ses préfaces bien plus tard. Dans The Shaolin Monastery, l’historien Meir Shahar distingue précisément l’histoire documentée des récits rétrospectifs qui ont lié gymnastique, religion et arts martiaux.

Le Baduanjin : ancien nom, formes changeantes

Le Baduanjin, ou « Huit pièces de brocart », offre un bon exemple de continuité sans immobilité. Son nom apparaît dans des sources de l’époque Song, mais les descriptions, l’ordre et la manière d’exécuter les mouvements ont varié. Des lignées assises et debout se sont développées, puis des organismes modernes ont sélectionné et normalisé certaines versions pour l’enseignement public.

Une forme contemporaine peut donc appartenir honnêtement à une longue famille historique tout en ayant une chorégraphie récente. Pour comprendre cette distinction, consultez notre guide du Baduanjin, qui sépare le nom traditionnel, les transmissions et la version moderne des huit mouvements.

La réorganisation du milieu du XXe siècle

Après 1949, Liu Guizhen et d’autres acteurs de la santé publique ont joué un rôle central dans la diffusion du mot qigong. Ils ont regroupé des méthodes reçues de différents milieux, formulé des protocoles, formé des instructeurs et participé à la création d’institutions consacrées à ces exercices. Cette organisation a donné au qigong moderne une identité plus lisible : séances structurées, terminologie commune et présentation sanitaire.

Cette étape n’a pas créé tous les gestes à partir de rien. Elle a reclassé, sélectionné et reformulé un héritage hétérogène dans le cadre politique et médical de la Chine nouvelle. Le premier chapitre de Qigong Fever, l’étude de David A. Palmer publiée par Columbia University Press, est consacré à cette « naissance du qigong moderne » entre 1949 et 1964.

Interruption, retour et « fièvre du qigong »

Les institutions du qigong ont subi les bouleversements politiques de la Révolution culturelle. À partir de la fin des années 1970, la pratique est revenue dans les cliniques, les parcs, les associations et les médias. Durant les années 1980 et 1990, cette « fièvre du qigong » a mêlé recherche de santé, culture nationale, langage scientifique, organisations de masse et affirmations extraordinaires.

Palmer montre que ce mouvement ne peut être compris comme une simple renaissance intacte de l’Antiquité. Il résulte aussi des institutions, des réseaux politiques, des médias et des attentes de la Chine post-maoïste. Les controverses scientifiques et sociales, puis le durcissement réglementaire de la fin des années 1990, ont profondément remodelé le paysage. Les formes publiques actuelles privilégient souvent des exercices standardisés et des promesses plus mesurées.

Comment examiner une affirmation de lignée

Une tradition vivante n’a pas besoin d’une ancienneté exagérée pour avoir de la valeur. Lorsqu’une école affirme descendre directement d’un personnage ou d’un texte ancien, quelques questions permettent de comprendre ce qui est réellement établi :

  • Quelle est la source la plus ancienne que l’on puisse nommer et dater ?
  • Cette source décrit-elle le même mouvement, seulement le même nom, ou une idée générale ?
  • Existe-t-il des témoins intermédiaires : manuels, inscriptions, archives, images ou lignées identifiables ?
  • La méthode a-t-elle été réorganisée ou standardisée à une date connue ?
  • Le récit distingue-t-il clairement légende, mémoire de l’école et preuve historique ?

L’absence de documents ne prouve ni la continuité ni l’invention récente. Elle signifie simplement que l’historien doit limiter sa conclusion. Une transmission orale peut être authentique pour une communauté sans permettre de reconstruire chaque étape de son passé.

Repères essentiels

  • Les sources des Han documentent des exercices corporels et respiratoires organisés, mais pas une discipline unique appelée qigong.
  • Les traditions médicales, taoïstes et martiales se sont croisées tout en conservant des buts et des cadres différents.
  • Le mot qigong est devenu une catégorie générale au milieu du XXe siècle grâce à une réorganisation institutionnelle.
  • Un nom ancien peut désigner des formes qui ont changé ; une forme récente peut préserver des éléments plus anciens.
  • La meilleure histoire sépare les objets datés, les textes, les légendes, les transmissions et les reconstructions modernes.

Pour replacer ces repères dans la pratique, poursuivez avec notre introduction au qigong. Elle explique ce que recouvre aujourd’hui ce terme, les trois régulations et les critères utiles pour choisir un enseignement sérieux.