Chapitre 20 — Différer de la foule

Se libérer des certitudes communes peut rendre solitaire, tout en maintenant le contact avec la source nourricière.

Ce chapitre, d’une tonalité inhabituellement personnelle, décrit la solitude de qui ne partage plus les valeurs assurées de la foule. Les autres paraissent brillants, occupés, pourvus et certains ; la voix qui parle se sent informe, à la dérive et insensée. Pourtant, cette différence protège un attachement plus profond : à la « mère » qui nourrit la vie avant que la société ne lui assigne un statut et un but.

Paysage illustré d’un oiseau solitaire au-dessus de roseaux, dans une vaste vallée embrumée.

Texte classique

绝学无忧。唯之与阿,相去几何?善之与恶,相去若何?人之所畏,不可不畏。荒兮,其未央哉!众人熙熙,如享太牢,如春登台。我独泊兮,其未兆,如婴儿之未孩;儽儽兮,若无所归。众人皆有余,而我独若遗。我愚人之心也哉,沌沌兮!俗人昭昭,我独昏昏;俗人察察,我独闷闷。澹兮其若海,飂兮若无止。众人皆有以,而我独顽且鄙。我独异于人,而贵食母。

Version française

Mettez fin à la prétention savante, et l’inquiétude tombe. Quelle distance sépare l’assentiment poli de l’accord réticent ? Quelle distance sépare le bien du mal ? Ce que les autres craignent ne peut être simplement ignoré : vaste et inachevée demeure la question. La foule se réjouit, comme à un grand banquet ou sur une terrasse au printemps. Moi seul reste tranquille, sans donner de signe, tel un nourrisson qui n’a pas encore souri ; las et errant, comme sans lieu où revenir. Tous ont plus qu’assez ; moi seul semble avoir été oublié. J’ai le cœur d’un insensé, trouble et indistinct. Les gens ordinaires sont lumineux ; moi seul suis obscur. Ils discernent avec acuité ; moi seul suis terne et troublé. Calme comme la mer, en mouvement comme sans fin. Tous ont un but ; moi seul parais obstiné et simple. Moi seul diffère des autres, car j’accorde du prix à être nourri par la Mère.

Pour débuter

Le chapitre ne romantise pas la confusion et ne rejette pas tout savoir social. Il donne des mots à une étape de la pratique où les critères hérités ne convainquent plus, tandis qu’une nouvelle orientation reste difficile à expliquer. Demeurer sans forme arrêtée peut être honnête lorsque la certitude ne serait qu’imitation.

Idées clés

  • Ne pas partager l’enthousiasme de la foule peut apporter à la fois liberté et solitude.

  • L’incertitude peut être plus véridique qu’une certitude empruntée.

  • La source nourricière compte davantage que l’affichage public de son utilité.

Une lecture pour la vie actuelle

Si une carrière prisée, un achat ou un rituel social ne vous convient pas, examinez ce malaise sans vous juger aussitôt insuffisant. Gardez vos responsabilités essentielles tout en laissant à vos valeurs profondes le temps de se préciser. Cherchez quelques relations dans lesquelles une incertitude honnête est admise.

Une question à garder à l’esprit

Quel critère public de réussite ne me nourrit plus, alors même que j’ai encore peur de l’abandonner ?


Retrouvez l’index complet du Tao Te Ching, puis le chapitre 19 ou le chapitre 21.